La photographie telle que je la pratique est l'art de la transformation de matières initialement communes. Transformation mais pas tout à fait transfiguration: il ne s’agit pas de magnifier le sujet photographié, de débusquer sa beauté cachée ou de lui en attribuer une par la seule opération de la prise de vue. Le travail que j' effectue sur la banalité et la laideur vise avant tout à révéler leur profonde et irréductible étrangeté, au-delà de toute appréciation esthétique. Les intérieurs vides, les espaces déserts – la présence humaine dans mes photos se raréfie au fil des années, et n’est jamais considérée pour elle-même, mais pour sa façon d’occuper l’espace, et par là de l’enrichir – les objets laissés à l’abandon, tous ces éléments du quotidien sont rendus par la singularité de mon regard à leur anormalité première, que le temps et l’usage n’ont pu tout à fait éteindre. C’est au sein de la plus grande quotidienneté que je fais éclore la beauté de l’étrange.